Les faits

Le 3 Mars 2021, Ousmane Sonko est convoqué par le tribunal pour une audience à 9h portant sur les accusations de viol. Sorti pour s’y rendre, une foule de sympathisants s’amasse spontanément autour de lui afin de l’accompagner, ce de la cité Keur Gorgui où il réside jusqu’au palais de justice qui était la destination initiale. Cependant arrivés vers Mermoz le leader du PASTEF se verra dans l’incapacité de poursuivre son chemin à cause de barrages policiers.

Dès lors, les hostilités commencent avec d’un côté le convoi tenant coûte que coûte à continuer sur l’avenue Cheikh Anta Diop et de l’autre la police voulant les obliger à emprunter la corniche de Dakar sur laquelle un signalement de nervis dans des pickups avait été noté. Le convoi est resté plusieurs heures durant au même endroit avant que la police suivant les ordres du préfet de Dakar ne reçoive l’ordre de disperser la foule quitte à ce que Sonko rentre chez lui. Peu de temps après, Sonko et ses gardes du corps furent arrêtés pour trouble à l’ordre publique et participation à une manifestation non autorisée.

Cet affrontement entre la foule et les forces de l’ordre, couronné par l’arrestation d’Ousmane Sonko et l’apparition de nouvelles charges à son encontre, marque le début d’un mouvement de révolte. La vague d’indignation de trop traverse le pays et, de partout, spontanément, des foules commencent à se déverser dans les rues. C’est le début d’affrontements journaliers entre le peuple et les forces de l’ordre. La violence dont font montre ces dernières ne fait qu’attiser la colère de la foule. En parallèle, l’Etat est suspecté d’avoir fait appel à des nervis armés montés contre le peuple. Ces derniers, payés pour affronter les manifestants, ne font partie d’aucun corps des forces de l’ordre. Comble de la violence, les forces de l’ordre commencent à faire usage de balles réelles sur les civils non armés et drapés des couleurs du drapeau national. 

Les manifestations se transforment alors en véritables émeutes catalysant toutes les rancunes accumulées par le peuple. Des biens appartenant à des entreprises françaises sont détruits ; 14 supermarchés Auchan ainsi que des stations Total sont saccagés et pillés. Un supermarché SupEco fait aussi les frais de ces émeutes.

La violence ne cesse d’aller crescendo et fait un bond supplémentaire lorsque des morts sont annoncés le vendredi. Des commissariats de polices et des mairies sont brûlés. Dans le même temps de nombreux manifestants sont appréhendés par les forces de l’ordre et nombre d’entre eux subissent des tortures et divers sévices. Les nervis, au même titre que les forces de l’ordre tuent de plus en plus de personnes et des maisons sont assaillies tandis que, de l’autre côté, les médias qui relaient les faits se voient interdire l’antenne alors que la connexion internet devient instable et des surveillances illégales sont mises en place.

Dans ce contexte extrêmement tendu, les réactions se multiplient, notamment face au silence assourdissant du chef de l’Etat, depuis le début de l’affaire. Le Médiateur de la République Alioune Badara Cissé, a par ailleurs appelé le président Macky Sall à s’exprimer. Pour lui, « il faut écouter la jeunesse ». Néanmoins des réactions douteuses voire grotesques des membres du gouvernement ont été entendues. Lors de son discours, le Ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Diome qualifie les manifestants de « terroristes ». Aissata Tall Sall, Ministre des Affaires Étrangères et grande transhumante, déclare que des forces extérieures sont à l’origine de ce soulèvement lors de sa sortie sur France 24, et affirme qu’il y a une séparation des pouvoirs au Sénégal. Le Ministre de la Justice Malick Sall, sur France 24 décrit le peuple sorti manifester comme un mouvement composé de lutteurs d’écurie, privés de leur sport depuis plus d’un an.

Le dernier épisode de ces violences se déroule le 8 mars lorsque le peuple, sorti pour une marche annoncée pacifique, est accueilli avec des grenades lacrymogènes et des tirs à balles réelles, entraînant des morts dès les premières heures. Cette journée voit la libération sous contrôle judiciaire du député et opposant Ousmane Sonko qui participe quelques heures plus tard à la marche qu’il clôturera par une allocution. 

Cependant, la lutte ne s’arrête pas là car il reste encore de nombreux prisonniers politiques arrêtés durant la période de cette affaire se trouvant encore en prison. Le peuple se bat aujourd’hui pour ses droits et la préservation de ses libertés. Il revendique donc des réparations pour les injustices commises et exige des garanties que les libertés ne seront plus bafouées. 

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